L’Origine du singe… un conte d’antan.

Ce petit conte, recueilli à Gits, près de Roulers, dans la Flandre occidentale, se trouve dans « Dit zijn Vlaamsche Vertelsels » de Pol de Mont et A. de Gock, Gand 1898, n° 54.
Près de Denderleeuw (Belgique, Flandre-Orientale), on racontait une autre variante du conte dans laquelle c’est la propre femme de Saint Eloi qui était ainsi rajeunie par lui.

 L’origine du singe.

Saint Eloi était forgeron et dans toute la contrée il n’y avait personne qui sût son métier comme lui ; il avait de plus la réputation d’être un homme bon et généreux.

Un jour qu’un forgeron étranger était venu lui rendre visite, il vit arriver devant sa porte une vieille femme, très caduque ; et elle se plaignait du triste état dans lequel elle se trouvait. Saint Eloi eut pitié d’elle et lui demanda si elle voulait redevenir jeune et belle. Inutile de dire qu’elle accepta des deux mains. Là-dessus, saint Eloi la jeta au feu, la mit alors sur l’enclume et avec son marteau il fit disparaître toutes les rides de sa peau. Et voilà la femme redevenue jeune et belle.

« Attends, » se dit l’autre forgeron… je m’y connais aussi. Et arrivé chez lui, il prit sa femme, déjà avancée en âge, la jeta au feu, et se mit ensuite à la forger et marteler, pour la rajeunir. Mais la malheureuse cria comme une damnée et se tortilla de douleur. L’homme, déjà tout essoufflé, voyant que c’était de la peine perdue, jeta sa langue aux chiens et déposa le marteau. Il ne lui restait lui qu’à invoquer le secours de saint Eloi.

Sans retard il se rendit auprès du saint homme qui ne se fit pas prier. Arrivé à la forge de notre homme, saint Eloi regarda les restes de la pauvre vieille, et secouant la tête, il dit : « mon brave, mon brave ! qu’as-tu fait ! La pauvre femme est entièrement brûlée, et toute l’affaire est au diable ! Impossible d’y remédier, mais je ferai ce que je peux : Voilà ! dit-il, après quelques coups de marteau, c’est tout ce que j’en puis faire. » Et le forgeron revit sa femme ressuscitée dans la forme d’une… guenon. C’était le premier « martiko (1) » (singe).

Sources : Mélusine – Recueil de mythologie – Tome IX 1898-1899

(1) Martiko – le Dictionnaire wallon-français (1843), donne la définition suivante :

MÂRTlKO, s. SINGE, quadrumane) c’est-à-dire animal dont les mains ressemblent à celles de l’homme, et qui a les pieds comme les mains : quatre mains. — La variété de ces animaux est très-grande : plusieurs ont les fesses, etc. marquées de brillantes couleurs et n’en sont pas plus beaux. La grande espèce est connue sous la dénomination de pongo, dont la plupart n’ont point de queue. L’orang-outang, ou vulgairement l’homme des bois, marche avec un bâton. Le maimon a la queue d’un cochon ; avec un volumineux postérieur, le marmot n’a pas de queue; le petit sapajou figure un bout d’homme laid et ridicule; on dit relativement sagouins ou sagouines des personnes malpropres. — Les courtisans singent leurs seigneurs et maîtres, ceux-ci sont singés par leurs laquais, et ces derniers parles marmitons. — Binamaie et p’titt et bâssel, n’alé mâie topret d’ô mârtikô: s’iv savi sou k’gea veyou!… Fillettes, au joli minois, n’approchez jamais un singe qui n’est pas attaché : si vous saviez ce que j’ai vu! si vous saviez!..

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