Les Trois Rivaux…

Ina, une charmante princesse, un époux doit choisir… mais lequel ?

Les Trois Rivaux…

Feu monsieur Blaise avait couru le monde ;
Des préjugés, des lois, surtout des mœurs
Il avait fait une étude profonde.
En beaux récits sa mémoire féconde
L’eût emporté sur tous les voyageurs.
Je me montrais, parmi ses auditeurs.
Le plus zélé, le plus infatigable ;
Mais cependant contre un sexe adorable
Il me parut injuste quelquefois.
Il soutenait ( erreur insupportable )
Qu’à l’avenir, maintenant, autrefois,
Nul n’a pu voir, ne verra plus d’un mois
Femme garder constance invulnérable !

Le bon vieux temps, pour moi si respectable,
Me paraissait calomnié surtout.
« Pour lui du moins soyez plus équitable ! »
Il répondait : « Un proverbe a dit tout :
La femme est femme en tout temps et partout. »

Son répertoire était inépuisable
Sur ce sujet : mais un trait mémorable
Se présentait souvent à son esprit :
Il est moral, partant il doit vous plaire ;
Biaise a depuis revu mon manuscrit,
Et son visa le confirme sincère.

D’un vaste empire Ina fut l’héritière.
Par testament son vieux père ordonna
Que son conseil ( oracle de sagesse )
Désignerait l’époux de la princesse.
Bientôt après la mort le détrôna.
Mais après lui, pour flatter leur maîtresse,
On entendit messieurs les courtisans,
Blâmer ainsi ses sages réglemens :
« C’est une horreur, c’est une tyrannie !
« Pourquoi forcer la reine dans son choix ?
» Vaut-il pas mieux s’en rapporter aux lois
» Et de l’amour et de la sympathie ?
» Le roi son père en cela radotait.
» Elle est si bonne ! et quelqu’un souffrirait
» Qu’elle devînt une autre Iphigénie ! »

De toutes parts si fort on se récrie,
Que le conseil, dans tout son apparat,
Vient la prier de choisir elle-même,
Avec son cœur, grand, juste et délicat,
Un noble époux digne du diadème.
Ina répond avec un charme extrême,
Que le bonheur, la gloire de l’État,
Dirigeront sa raison, sa tendresse.
Des courtisans la brillante jeunesse
Conçoit alors le plus flatteur espoir.
Tous à l’envi, du matin jusqu’au soir,
Étudiant chaque moyen de plaire,
Pillaient, vidaient l’arsenal de Cythère,
A chaque instant consultaient leur miroir.
On renchérit mille fois sur Ovide :
Le goût surtout, le goût le plus exquis,
Avec grand soin aux toilettes préside,
Et l’œil charmé sans peine les eût pris
Pour Apollon, pour Mars, pour Adonis.

Ce n’est pas tout : on orne sa mémoire
De jolis traits, d’agréables bons mots ;
Tout est piquant, jusques aux madrigaux !
Il en pleuvait, comme vous pouvez croire.
Le compliment, par la grâce dicté,
Semblait choisi par la délicatesse ;
A la louange on joignait la finesse,
Et l’impromptu, dès long-temps apprêté,
Du naturel avait la gentillesse.

Quel embarras pour la jeune princesse !
Comment choisir ? le cœur eût mis d’accord
L’esprit, le goût, la raison elle-même ;
On trouve tout dans l’objet que l’on aime :
Mais notre Ina, qui n’aimait rien encor,
Restait toujours indécise, incertaine ;
Pour un heureux elle avait de la peine
À condamner vingt rivaux à la mort.
A chacun d’eux, tant son âme est humaine !
On la voyait, sans cesse, tour à tour,
Donner, promettre une faveur légère,
Et rappeler à l’espoir, à l’amour
L’amant qui craint, l’amant qui désespère.

Sur la physique après maints beaux discours,
Le professeur, dont je suivais le cours,
Voulant prouver d’une façon très-claire
Que l’air vital pour vivre est nécessaire
Devant nos yeux pompait cet aliment
Que renfermait une cloche de verre,
Puis y plaçait un oiseau tout vivant.
Soudaine alors était son agonie,
On le voyait se débattre, expirer ;
Mais un peu d’air qu’il y faisait rentrer
Au moribond rendait bientôt la vie.
Par cet exemple, on peut se figurer
De nos amans la pénible existence :
Cent fois par jour la crainte ou l’espérance
Subitement les font rire ou pleurer.

Mais à la fin on perdit patience,
Et de nouveau le conseil s’assembla.
Au nom de tous le président parla ;
Dit que, le peuple ayant besoin d’un maître,
Il était temps que l’inconstante Ina,
Fixant son choix, le fît enfin connaître.
Mais par égard encore on lui donna,
Pendant deux jours, le droit de se dédire
Autant de fois qu’il plairait à son cœur :
Ce terme-là devenait de rigueur,
Ou le conseil alors saurait l’élire.
Ina peut-être aurait pris de l’humeur,
Mais on l’arrache à sa triste pensée :
Un beau tournoi l’appelle en cet instant ;
On la conduit sur un trône éclatant,
Et, pour signal, du héros triomphant
Sur ses genoux la couronne est placée.

Des champions la visière est baissée :
Sur des coursiers plus prompts que les éclairs
Chacun s’élance ; et déjà dans les airs
A retenti leur choc épouvantable !
On frappe à droite, à gauche, en sens divers ;
Déjà sur eux les paris sont ouverts :
Quatre déjà sont tombés sur le sable !
Pied contre pied, le fer croise le fer :
On se mesure, on s’attaque, on se presse,
On voit lutter et la force et l’adresse ;
On gagne, on cède, on avance, l’on perd.
Ina jamais ne vit tant de prouesses !
Lances, hauberts, casques, sont mis en pièces :
De leurs débris le champ clos est couvert !

Mais, cependant sur un panache vert
Parut enfin s’arrêter la victoire.
Ce chevalier terrassa vingt rivaux ;
Ina commande à l’instant aux hérauts
De promulguer et son nom et sa gloire :
C’était Gonzalve. « A des exploits si beaux
Ne dois-je offrir qu’une simple couronne ?
Lui dit la reine. — Ah ! dit le chevalier,
Tout l’univers ne vaut pas ce laurier ;
C’est votre main, belle Ina, qui le donne !
— Vous méritez cette main et le trône,
Répondit-elle au modeste vainqueur ;
Qu’ils soient tous deux le prix de la valeur :
Mais, chevalier, connaissez mon bonheur,
Il doit du vôtre augmenter l’étendue :
A mon devoir si je me suis rendue,
Je cède encore à la loi de mon cœur. »

Je veux du moins épargner aux lecteurs
Du chevalier les transports, le délire :
Il dit alors tout ce qu’il fallait dire ;
Même on prétend qu’il répandit des pleurs !
Sur un pavois, avec de grands honneurs,
On éleva soudain le nouveau sire :
A son armée, au peuple, aux sénateurs,
Dieux ! quel amour tout-à-coup il inspire !

Tels on a vu quelquefois les Français
S’abandonnant à la joie, à l’ivresse,
Les porter même on peut dire à l’excès ;
Mais qu’il est doux l’excès de la tendresse !
On nous a vu, dans ces jours d’allégresse,
Flatter, baiser les coursiers de nos rois,
Leur parler même, et pleurer à la fois !
Tel ce bon peuple en ce moment se presse
Autour du char de Gonzalve et d’Ina ;
Et pour les voir, les bénir à son aise,
Jusqu’au palais, lui-même il les traîna.

Les courtisans, que le choix consterna,
Au fond du coeur renfermant leur tristesse,
En approuvaient hautement la sagesse !
Devant Gonzalve une avide bassesse
Les prosterna jusques à ses genoux ;
Mais connaissant leurs sentimens jaloux,
L’heureux vainqueur les méprise, les brave,
Répond à peine à leur fade entretien,
Et les regarde avec ce froid dédain
Qui fait trembler et pâlir un esclave.

« Il avait tort sans doute, mais enfin
Plus d’un exemple à l’excuser s’apprête,
Ajoutait Blaise ; et partout où j’ai vu
L’homme rampant, qu’un coup inattendu
De la fortune élève sur le faîte,
J’ai remarqué qu’il en perdait la tête.
Retrouvez-vous un ami devenu
Fier, impudent, ingrat et malhonnête,
Ne sachant plus quand il vous a connu ?
Accordez-lui pitié philosophique ;
Par un seul mot son changement s’explique :
Votre Pilade est nouveau parvenu. »

On s’enivrait dans la place publique,
Mais au palais on fit de la musique,
Puis on dansa. Pour commencer le bal
Gonzalve crut devoir se faire attendre ;
Ce procédé lui paraissait royal :
On le pria par trois fois de s’y rendre ;
Il parut donc, mais il dansa fort mal.
De sa grandeur l’enivrement fatal
Bientôt après à sa perte l’entraîne :
Il abandonne, et le bal, et la reine
Pour se montrer à ses humbles sujets,
Qui, s’étouffant aux portes du palais,
Par mille cris appellent sa présence.
Sur un balcon le monarque s’avance.
Mais laissons-le faire sa révérence,
Et savourer cet hommage à long traits.

Ina d’abord souffrit de son absence,
Mais elle aimait par-dessus tout la danse,
Et s’y livra bientôt avec ardeur.
Gelor passait pour le premier danseur ;
Devant la reine il brille, il se surpasse.
Paul ou Duport ont-ils plus d’abandon,
D’agilité, d’élégance, de grâce ?
Sans hésiter Biaise affirmait que non.
C’était… c’était ce qu’on ne peut décrire,
On croyait voir… que sais-je ? le Zéphire
Narguer l’Amour et tous ses papillons !
On applaudit, on s’étonne, on admire !
Gelor se sent des ailes aux talons !
Sans s’arrêter, il tournoie, il voltige !
« Dieux ! quel talent, et surtout quel aplomb !
S’écrie Ina, c’est un ange ! un prodige ! »
Gelor l’entend, Gelor touche au plafond !

Cet entrechat, et terrasse, et confond
Tous ses rivaux. Lui seul est jugé digne
De figurer avec Sa Majesté :
Tout prétendant à cet honneur insigne
De ce moment est par elle écarté.
Son amour-propre a de plus médité
L’heureux projet de finir la soirée
Par un spectacle encor plus merveilleux :
Il s’agirait d’exécuter tous deux
Une gavotte ou danse figurée :
Le beau danseur ne demandait pas mieux ;
« Mais du succès pour être sûrs d’avance,
Faudrait-il pas, entre nous, dit Gelor,
La répéter et l’essayer d’abord ?
Pour un instant, après la contredanse,
Echappons-nous. » Ina répond : « D’accord,
Mais avec art masquons l’intelligence. »
D’un vain prétexte empruntant l’apparence
Chacun bientôt se rend de son côté
Dans un boudoir que la magnificence,
Soumise en tout aux lois de l’élégance,
Avait rendu d’un aspect enchanté.
Près de la porte on voyait le Mystère ;
Par son index, le silence dicté,
Semblait prescrire au bonheur de se taire :
Ses pieds foulaient trompettes et tambours.
Sur un sopha l’on trouvait deux Amours
Qui déchiraient les écrits d’un notaire.
Gelor pouvait, sans être téméraire,
De sa tendresse exprimer les ardeurs ?
Vous qui d’amour n’êtes que des parleurs,
Vous le pensez, vous l’eussiez fait peut-être.
Sachez aimer, croyez-en un grand maître,
Les vrais amans sont toujours délicats.
Gelor se tait : mais que son embarras
Paraît touchant ! quel sentiment il prouve !
Pour échapper à celui qu’elle éprouve,
Ina commence à répéter le pas,
De sa pudeur vaine défense ; hélas !
En figurant, il faut qu’elle se trouve
Avec tendresse enlacée en ses bras !
Non, ton bonheur, Gelor, ne se dit pas,
Quand sous ta main, sous cette main tremblante
Tu sens un cœur vivement agité,
Lorsque tu lis dans les yeux d’une amante
Le même aveu de sensibilité ;
Quand d’un soupir enfin la volupté
Rendit encore Ina plus éloquente !

Ah ! c’en est trop, et Gelor éperdu
Tombe à ses pieds, en s’écriant : « Madame !
De quel amour vous embrasez mon âme !
Un autre obtient celui qui m’était dû :
L’éclat du trône, un pouvoir absolu
Ne charmait point ma flamme ambitieuse !
Choisi par vous, Gelor n’aurait voulu
D’autre pouvoir que de vous rendre heureuse !
Je n’attachais de prix qu’à votre cœur ;
Le mien si pur, si fidèle, si tendre,
Eût mérité l’excès de ce bonheur ;
Lui seul peut-être avait droit d’y prétendre !
— Il est à. toi, pardonne à son erreur,
Reprit Ina, l’orgueil vint le surprendre,
Mais l’amour parle, et réclame ses droits,
Lui seul encor peut m’imposer des lois…
— Que dites-vous ? je n’ose vous comprendre !
Insultez vous même à mon désespoir !
— Non, c’est l’aveu de ma juste tendresse.
Viens, cher amant, rentrons, tu vas me voir
A ton rival révoquer ma promesse. »
Ils sont sortis. Gelor fendait la presse,
Autour du trône on court se rassembler ;
La reine y monte, et debout va parler.

« Princes, seigneurs, soldats, peuple fidèle,
Dont je connais et l’amour et le zèle,
Votre bonheur est ma première loi.
En choisissant le vainqueur du tournoi
Je n’écoutai que mon âme un peu fière ;
Mais à présent votre intérêt m’éclaire,
Il est indigne et de vous et de moi.
Venez, Gelor ! sujets, qu’on le révère :
Reconnaissez dans Gelor votre roi ! »

Ah ! si j’osais, sur les traces d’Homère,
Peindre, émouvoir par des comparaisons,
Du roi déchu pour rendre la colère
J’irais chercher la rage des lions,
Des éléphans, des tigres, des panthères,
Quand un chasseur dans leurs affreux repaires
A massacré leurs tendres nourrissons !
D’autres tableaux offriraient des leçons :
Ce chêne altier, vainqueur des aquilons,
Qui, tout-à-coup frappé par le tonnerre,
Tombe…. Arrêtez ! muse trop téméraire,
Tout simplement, croyez-moi, racontons.
Gonzalve en vain pleure, se désespère ;
Les courtisans, blessés par sa hauteur,
A son rival aussi cherchant à plaire,
Avec plaisir outragent sa douleur.
On lui commande à la fin de se taire.
Loin d’obéir, il se met en fureur :
De la police alors un commissaire
Vient le chasser comme un perturbateur.

Le bal reprend une nouvelle ardeur ;
Mais le repos devenu nécessaire
Fit dire à tous : Chaque chose a son temps.
Il faut dormir à la cour comme aux champs ;
Du pâtre au roi la seule différence,
C’est que l’un dort et mieux et plus long-temps.
Les malheureux, et même les amans,
Du doux Morphée éprouvent la puissance.
Ainsi Gelor trompait ton innocence,
Charmante Ina, lorsque dans ses adieux
Il te jurait que son impatience
Allait bannir le sommeil de ses yeux.
Tu lui promets, pour calmer sa souffrance,
Un rendez-vous dès la pointe du jour.
Hélas ! bien loin d’épier son retour,
Le croira-t-on ? la diligente Aurore
Depuis long-temps a dételé son char.
Et dans son lit notre amant ronfle encore.
Il se leva… mais il était trop tard !
Ingrat Gelor! l’aube du jour à peine
Avait blanchi la cime des coteaux,
Que ton Ina, que ta sensible reine
De ses grands yeux écarte les pavots !
Elle a cru voir espérance trop vaine,
Ta main timide entr’ouvrir ses rideaux !
Illusion, rends-lui tes doux mensonges ;
Il n’est plus temps, déjà les heureux songes
Autour d’Ina se sont évanouis.
Déjà le timbre a mesuré les heures,
Chaque minute amène les ennuis !
A chaque instant tes vœux sont démentis,
O tendre Ina ! tu souffres, tu languis,
Tu le défends, tu l’accuses, tu pleures !

Mais tout-à-coup un douloureux soupir
Vient à frapper son oreille attentive :
Sous sa fenêtre elle aperçoit Nadir,
Le beau Nadir, qui d’une voix plaintive
Exprime ainsi ses amoureux tourmens.
Dans ses regards se peignait le délire,
Et sous ses doigts les accords d’une lyre
De sa douleur accompagnaient les chants.
Rêve si doux, trop flatteuse espérance,
C’en est donc fait, je te perds sans retour !
Quand la raison me montrait tour à tour
Et mon néant et d’Ina la puissance
Tu me disais : « N’est-ce pas la constance
Qu’elle a promis de couronner un jour ?
Entre les cœurs il n’est point de distance,
Et l’amour seul peut acquitter l’amour ! »

Dans tes conseils je mis ma confiance :
Las ! je te crus, et j’aimai pour toujours.
Mon cœur sincère, ennemi des détours,
N’emprunta rien d’une fausse apparence.
De mes rivaux l’adresse ou l’éloquence
Brillaient en vain, je’me disais : « Un jour
Le sentiment aura la préférence
Car l’amour seul peut acquitter l’amour ! »

Fatale erreur ! quelle est ma récompense !
L’astre des cieux aux deux tiers de son cours
Doit éclairer Ah ! si j’avais recours
Au désespoir qu’inspire la vengeance !
Mais non ; plutôt à ma triste existence
Mettons un terme en ce funeste jour :
Bientôt Ina pleurant ma souvenance
Dira : « L’amour devait payer l’amour ! »
A la pitié la reine s’est livrée :
Femme toujours est prompte à s’attendrir.
« Ah ! ramenons sa raison égarée !
Qu’il vienne ! Allez, courez chercher Nadir. »

L’agonisant ne se fit guère attendre.
« Nadir, eh ! quoi, je viens de vous entendre !
Quel désespoir s’est emparé de vous ?
Vouloir mourir ? — Ce moment sera doux,
Toute espérance en ce jour m’est ravie,
Et je succombe à l’excès du malheur !
Puisse Gelor !… — Hélas ! Gelor m’oublie ;
Vous me voyez en proie à la douleur.
— Vous oublier ? puis-je croire un tel crime ?
Il vous oublie ! et moi je meurs victime
Du tendre amour que pour vous j’ai conçu !
Reine, est-ce à vous d’essuyer une offense ?
Quoi ! tant d’attraits éprouvent l’inconstance ?
Quoi ! votre cœur, quand il est convaincu,
Entre nous deux hésite encor… balance…
Gelor l’emporte… adieu !… j’ai trop vécu ! —
Écoute-moi, Nadir, Nadir, arrête !
L’ingrat Gelor est un monstre odieux ;
Le diadème allait orner sa tête,
Mais c’en est fait ; cet hymen qui s’apprête
Va couronner ta constance et tes vœux !

Gelor paraît à l’instant à leurs yeux ;
Il croit voler dans les bras d’une amante,
Mais d’un regard la hauteur imposante
L’a foudroyé. Sur son profond sommeil
Il cherche… il donne une excuse tremblante :
« Prenez, seigneur, cette montre à réveil,
Lui dit la reine ; allez, en votre absence
J’ai raisonné votre amour et le mien.
— Ah ! pardonnez ! — Sortez de ma présence !
Reposez-vous encore et dormez bien.
— Connaissez mieux le sexe féminin,
Ajoute alors Nadir en confidence ;
Une autre fois levez-vous plus matin. »

L’heureux Nadir, instruit par cet exemple,
Ne quitta point la reine un seul instant.
Une heure après on se rendit au temple,
Il devint roi, le fait parait constant.

Gardez-vous bien, ô vous, sexe charmant,
De réfuter une si belle histoire ;
Femmes, bien loin d’attaquer votre gloire,
Elle vous rend un hommage flatteur.
Le but moral qu’elle offre à mon lecteur,
Dont je souhaite ardemment qu’il profite,
Ne dit-il pas que toujours le bonheur
S’échappe et fuit aussitôt qu’on vous quitte. »

Source: « Contes » de  Comte Auguste de Belisle. Parut en 1824 /
éditeur : Potey, Librairie de Mgr Le Dauphin
Rue du Bac, 46

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